L’Afrique face à la crise : sanitaire ou économique ?

Les propos recueillis de M. Riadh BENAÏSSA

Le continent africain est une terre de lumière et de contraste, porteuse de profondes richesse et de grands drames.  Alors que la plupart des continents étaient touchés, à plus ou moins grande échelle, par une crise sanitaire sans précédent, l’Afrique, pourtant habituée aux grandes épidémies ravageuses, est restée, du moins durant les premières semaines de la pandémie mondiale, relativement épargnée par cette nouvelle menace.

Populations fragilisées par des conflits internes, ethniques, politiques, mais aussi manque d’infrastructures médicales et contexte économique instable, toutes les données laissaient présager un énième naufrage de l’Afrique face à la crise sanitaire de la Covid-19.

Et pourtant, si crise il y a en Afrique, ce n’est pas nécessairement celle que l’on pourrait, logiquement, imaginer.

De par sa connaissance de la diversité culturelle, économique et politique du continent africain, M. BENAÏSSA analyse le paradoxe que la Covid-19 a fait naître dans certains de ces États, en surprenant les experts les plus avertis.

Comme le souligne M. Riadh BENAÏSSA, « l’Afrique s’était préparée, d’une certaine façon, à affronter une nouvelle pandémie en tirant malgré tout, de vraies leçons de l’expérience douloureuse du VIH ou du virus Ebola, même si l’Afrique reste l’un des continents le moins bien doté en termes de systèmes et d’infrastructures de santé. L’impact de la Covid-19 a été important, mais ce continent sait faire preuve de capacités d’adaptation et de résilience exceptionnelles. »

La crise à laquelle l’Afrique est aujourd’hui confrontée n’est pas celle que l’on croit.

  1. BENAÏSSA rappelle que « les pays de l’Est africain, plus particulièrement, connaissent depuis des décennies des crises tout aussi violentes, strictement liées à la malnutrition, la famine, la grande instabilité des marchés alimentaires locaux totalement dépendants du maintien de l’ouverture des frontières régionales. »

Faisant référence à l’Agence Française de Développement qui vient de publier un ouvrage majeur de littérature économique, («  L’économie africaine en 2021 »), M. Riadh BENAÏSSA indique que  «  la pandémie a profondément bouleversé les enjeux et les équilibres, instables, de la politique et de l’économie de ce continent, par un effet catalyseur indéniable. Toute crise sanitaire exacerbe les jeux de pouvoir ».

« Mais la vraie déflagration reste économique. Même pendant l’effondrement des cours du pétrole il y a 5 ou 6 ans environ, la situation n’avait pas été aussi préoccupante. Plus de 40 pays africains sont actuellement en récession ce qui constitue un enjeu économique majeur pour ce continent.

La chute des prix des matières premières, la fermeture des frontières, la marge de manœuvre financière réduite de certains États et l’effondrement du PIB ont plongé l’Afrique dans une pauvreté exceptionnelle qui va frapper de plein fouet l’avenir de la jeunesse africaine.

Le Kenya ou le Nigeria, par exemple, pourtant touchés par la crise sanitaire, sont bien plus dangereusement menacés par la crise économique, la famine, ou l’insécurité, qui ont été considérablement amplifiées par l’arrivée du virus, mais qui préexistaient bel et bien ».

Avec des arguments choisis et dans une démarche qu’il souhaite objective et lucide, M. Riadh BENAÏSSA souligne à quel point, durant le développement de la pandémie de Covid 19, les modèles politiques africains traditionnels se sont affaiblis, voire affaissés, dépassés par la gestion de leurs propres dettes et parfois même par la simple gestion de l’aide humanitaire internationale.

Pour conclure, M. BENAÏSSA nous rappelle que chaque crise peut être une opportunité, pour les structures qui savent identifier leurs propres leviers de progression.